L’ADN sonore Marantz
Une signature reconnaissable entre toutes
Le son Marantz, c’est une chaleur mate, un médium incarné, une écoute longue sans fatigue. Il est fait pour être vécu chez soi, à volume modéré, sans chercher à impressionner.
Cette identité repose sur :
- La priorité donnée à la musicalité plutôt qu’à la transparence analytique ;
- Une grande attention portée à l’étage phono (notamment sur les séries PM et 22xx) ;
- Des composants sélectionnés pour leur rendu naturel (Elna, circuits discrets, alimentations généreuses).
Un son pensé pour l’écoute domestique
Le rendu Marantz est :
- Plein dans les médiums
- Riche mais non baveux dans le grave
- Jamais agressif dans l’aigu
Un 1060 ou un 2235B sonnera "vivant" même à faible volume. C’est cette chaleur contrôlée qui fait leur popularité.
Histoire de la marque : repères chronologiques (1950–1990)
Saul Marantz (1952–1964) — L’origine américaine
Saul B. Marantz conçoit ses premiers préamplis dans son garage à New York. Dès les années 50, Marantz devient synonyme d’innovation. Ses Model 1, 2, 7 et 8B (à tubes) sont aujourd’hui des objets de collection mythiques.
Superscope (1964–1980) — L’âge d’or japonais
Marantz est racheté par Superscope et la production est transférée au Japon (chez Standard Radio). Les séries cultes voient le jour : 22xx (receivers), 1xxx (intégrés), 10B (tuners). Qualité perçue, esthétique et robustesse atteignent un sommet.
Philips (1980–1990) — Le virage plus grand public
Sous l’égide de Philips, Marantz se diversifie. Certains produits baissent en qualité de fabrication, mais les PM-80, PM-94 ou CD-94 maintiennent un niveau exigeant.
Les séries cultes à connaître (avec modèles à spotter)
Série 22xx : la légende bleue
Les 2220B, 2235B, 2245, 2270… c’est la colonne vertébrale du mythe Marantz.
Ces receivers des années 70 ont tout : tuner intégré, façade en aluminium brossé, cadran bleu devenu iconique, parfois un coffret bois. Mais surtout, une signature sonore immédiatement reconnaissable.
Un son chaleureux, ample, légèrement rond.
Des médiums incarnés.
Une écoute qui enveloppe plus qu’elle n’analyse.
👉 Modèles à spotter
- 2235 → le meilleur équilibre global (puissance, musicalité, prix)
- 2238B → plus de réserve de puissance, souvent sous-coté
- 2245 → très musical, un peu plus rare
- 2270 → modèle culte, mais déjà cher (plutôt pièce “plaisir”)
- 2220B → entrée de gamme attachante, mais limitée en puissance
💡 Lecture marché
Les 2235 et 2238B restent les plus intéressants aujourd’hui.
Le 2270 fait rêver — mais il faut accepter de payer pour l’image autant que pour le son.
👉 Point de vigilance
Un 22xx non restauré, c’est un pari.
Condensateurs fatigués = son mou, souffle, panne à venir.
Série 10xx : la compacité chaleureuse
Le 1060, c’est le genre d’ampli qu’on ne quitte jamais vraiment.
Petit intégré en classe AB, simple, sans effet de manche — mais extrêmement juste.
Il ne cherche pas à impressionner, il cherche à faire sonner la musique.
Son gros point fort : l’étage phono.
Doux, fluide, jamais agressif. Idéal pour une platine vinyle sans complexifier le setup.
👉 Modèles à spotter
- 1060 → référence absolue, facile à vivre, facile à revendre
- 1030 → version plus légère, même ADN, moins de puissance
💡 Pourquoi c’est intéressant
C’est l’ampli parfait pour construire un premier vrai système.
Il fonctionne avec presque tout, et ne demande rien de plus.
👉 Positionnement naturel
“Premier ampli vinyle sérieux” — lisible, rassurant, efficace.
Série PM : la sobriété efficace
Dans les années 80, Marantz change de ton.
Moins de charme visuel, mais une approche plus moderne :
plus de précision, plus de contrôle, une meilleure tenue en puissance.
Le son est plus droit, parfois moins “romantique”, mais plus polyvalent.
👉 Modèles à spotter
- PM-80 → très complet, puissant, excellent rapport qualité / prix
- PM-550 → bon compromis, fiable et musical
- PM-310 → entrée de gamme simple, mais exploitable
💡 Pourquoi c’est intéressant
- moins spéculatif
- plus stable dans le temps
- souvent mieux adapté à des enceintes modernes
👉 C’est typiquement là que se cachent les bonnes affaires.
Lecture rapide
- Pour une première installation vinyle → 1060
- Pour le charme et l’émotion → 2235 / 2245
- Pour une pièce iconique → 2270
- Pour un setup efficace et accessible → PM-80 / PM-550
Et surtout :
mieux vaut un ampli simple, révisé, cohérent…
qu’un modèle mythique fatigué.
Comment choisir son Marantz vintage

Définis ton usage
- Écoute intimiste / chambre → Marantz 1060, PM-310
- Salon / écoute variée → 2235B, 2245, 1090
- Grosse dynamique / enceintes exigeantes → 2270, PM-80
Ce qu’il faut vérifier :
- Étage phono intégré : MM obligatoire si tu veux brancher une platine vinyle sans préampli externe.
- Connectique : nombre d’entrées RCA, sortie tape monitor, bornier HP.
- État cosmétique et électronique : un bel appareil peut être fatigué à l’intérieur. Demande toujours une photo de l’intérieur et un test vidéo.
À éviter pour débuter :
- Modèles trop rares (difficiles à réparer)
- Appareils à lampes (plus coûteux)
- Matériel non testé ou vendu “dans son jus”
L’étage phono Marantz : un savoir-faire discret mais décisif
Chez Marantz, l’étage phono a longtemps été considéré comme une priorité. Jusqu’au milieu des années 80, presque tous les amplis intègrent un étage phono de qualité, basé sur des composants discrets (pas d’amplis-op) et une architecture symétrique.

Fonctionnement typique
- Impédance d’entrée : 47 kΩ, adaptée aux cellules MM (Moving Magnet)
- Gain global entre 35 et 45 dB selon les modèles
- Correction RIAA passive/active précise, avec faible tolérance
Composants souvent rencontrés
- Transistors 2SC945 ou 2SC1345 sur les modèles 70s
- Condensateurs chimiques Elna / Nichicon
- Résistances à film carbone
Pourquoi ça sonne bien ?
Parce que les étages Marantz favorisent la musicalité : le niveau de bruit est bas, la dynamique est large, la courbe RIAA est respectée sans agressivité. Cela donne une écoute douce mais précise.
Restaurer un Marantz : recap et maintenance
Ce qu’il faut systématiquement vérifier :
- Condensateurs de filtrage (grosse capacité, alimentation)
- Condensateurs de liaison audio (souvent fatigués après 40 ans)
- Résistances dérivées (valeurs critiques à mesurer)
- Potentiomètres : nettoyage ou remplacement
- Relais de protection HP (sujets aux faux contacts)
Condensateurs recommandés
- Nichicon FG ou KW (audio)
- Nichicon PW ou Panasonic FC (alimentation)
À éviter
- Changer des composants sans test préalable
- Appliquer du spray contact sur les switchs mal identifiés
- Modifier l’étage phono sans connaissance du schéma
Comparatif des modèles phares Marantz
| Modèle | Puissance (W/canal) | Poids | Phono intégré | Année | Classe | Particularités |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1060 | 30 | 7,3kg | Oui | 1971 | AB | Musicalité, compacité |
| 2235B | 35 | 11kg | Oui | 1976 | AB | Receiver complet avec FM |
| 2270 | 70 | 15kg | Oui | 1974 | AB | Réserve de puissance élevée |
| 1090 | 45 | 10kg | Oui | 1978 | AB | Dynamique, robustesse |
| PM-80 | 100 (mode AB) | 13kg | Oui | 1989 | A / AB | Double mode, moderne mais respectueux |
Chapitre 8 — Focus sur 5 modèles incontournables
Marantz 1060
- 2x30 W RMS sous 8 ohms
- Étages discrets, châssis ventilé, design sobre
- Étage phono MM très correct
- Facilement recapable
- Idéal pour les écoutes de proximité avec enceintes sensibles
Marantz 2235B
- Receiver complet : FM, préampli, ampli
- 2x35 W, étage phono doux et précis
- Design emblématique avec vumètres bleus
- Bonne dynamique, parfait pour salon moyen
Marantz 2270
- Haut de gamme des receivers vintage
- 2x70 W sous 8 ohms, énorme réserve dynamique
- Très recherché, attention à l’état général
- Demande une révision sérieuse pour donner le meilleur
Marantz 1090
- 2x45 W, plus direct que le 1060
- Potards précis, transistors facilement accessibles
- Très bon équilibre entre rondeur Marantz et attaque
- Compatible avec beaucoup de types d’enceintes
Marantz PM-80
- 2x100 W en classe AB / 25 W en classe A
- Look sobre, bornes haut-parleur solides
- Superbe contrôle du grave
- Un des derniers grands amplis Marantz avant la rupture qualitative
Erreurs fréquentes à éviter avec un Marantz vintage
1. Acheter à l’aveugle sans test
Beaucoup d’annonces vantent des appareils "en bon état", mais sans preuve sonore. Exige toujours une vidéo de démarrage à froid, un test audio des deux canaux, et un passage sur chaque entrée. Les pannes les plus fréquentes (déséquilibre gauche/droite, relais collé, souffle anormal) sont faciles à détecter.
2. Négliger la compatibilité enceintes
Même un Marantz 2270 peut paraître mou avec des enceintes à faible rendement. Vérifie toujours la sensibilité des enceintes (au moins 89 dB recommandés pour les petits modèles comme le 1060). À l’inverse, éviter les enceintes trop exigeantes avec un ampli sous-dimensionné.
3. Confondre état cosmétique et état électronique
Un capot rayé ou une façade piquée n’empêche pas l’appareil de fonctionner. L’inverse est moins vrai : un Marantz visuellement parfait peut avoir des composants critiques hors tolérance. L’idéal reste de combiner un bon aspect avec une électronique fiable (ou révisable).
4. Croire qu’un recap change le son
Un recap mal fait peut dégrader la musicalité. Il ne s’agit pas de tout changer à l’aveugle, mais de remplacer les composants sensibles avec des équivalents adaptés (valeurs proches, tolérances faibles, condensateurs audio). Le son Marantz est une alchimie fragile.
5. Sous-estimer le coût réel
Un ampli à 120 € non révisé peut facilement nécessiter 80 € de composants et plusieurs heures de main-d’œuvre. Si tu ne fais pas toi-même, mieux vaut partir sur un appareil déjà révisé par un technicien sérieux.
Accessoires et câblage recommandés
Câbles RCA : une base propre avant tout
On a tendance à négliger les câbles RCA, alors qu’ils sont le premier maillon de la chaîne.
Sur un ampli Marantz vintage, utiliser des cordons fatigués ou oxydés revient souvent à dégrader inutilement le signal.
Inutile de tomber dans des câbles ésotériques. En revanche, il faut du fiable, bien construit, et propre électriquement.
Quelques valeurs sûres :
- Sommercable Onyx ou The Spirit
- Mogami 2964
- anciens câbles RCA (Marantz, Philips…) à condition d’être nettoyés et en bon état
Ce qui compte réellement :
- des connecteurs solides
- un câble bien blindé
- aucun jeu ou faux contact
👉 À retenir : mieux vaut un bon câble simple qu’un câble “audiophile” marketing.
👉 Longueur recommandée : restez sous 1 mètre dès que possible.
Au-delà, vous augmentez le risque de pertes et d’interférences, surtout dans un environnement domestique chargé.
Borniers : fil nu ou fiches bananes ?
Les amplis Marantz anciens sont rarement compatibles avec les fiches modernes standard.
Les borniers à vis sont étroits, parfois fragiles, et demandent un peu d’attention.
Deux approches fonctionnent bien :
Le fil nu (solution la plus simple et souvent la plus fiable)
- dénudage propre (pas trop long)
- brins torsadés
- serrage franc, sans forcer
C’est la solution la plus directe, et souvent la meilleure en termes de contact.
Les fiches bananes fines (si vous voulez quelque chose de plus pratique)
- choisir des modèles adaptés aux borniers étroits
- éviter les fiches trop larges ou trop épaisses
- vérifier qu’elles tiennent correctement dans le temps
👉 À retenir : si vous changez souvent d’installation, les fiches bananes peuvent être utiles.
Sinon, le fil nu reste une valeur sûre, simple et efficace.
Petit détail qui change tout
Sur du vintage, 80 % des problèmes viennent de mauvais contacts :
- oxydation
- serrage approximatif
- câbles fatigués
Un nettoyage simple des connecteurs (alcool isopropylique + chiffon) et un câblage propre font souvent plus de différence qu’un changement de matériel.
Supports anti-vibration
Certains utilisateurs sensibles à la microphonie placent leur ampli sur des pieds absorbants :
- Sorbothane
- Caoutchouc dense
- Liège / bois massif
Ce n’est pas essentiel, mais peut limiter les résonances parasites dans un meuble léger ou mal découplé du sol.
Reconnaître un faux Marantz
Le marché de l’occasion attire des copies, parfois même des montages faits à partir de pièces Marantz non fonctionnelles.
Signes d’alerte :
- Logo imprimé ou mal centré
- Boutons qui ne correspondent pas au modèle d’origine
- Absence de numéro de série ou étiquette refaite
- PCB internes totalement différents des schémas disponibles
🧠 Astuce : compare toujours avec les schémas de service (HifiEngine, forums spécialisés). Et…
⚖️ Vérifie le poids
Un Marantz 2235B pèse plus de 11 kg. Une copie ou un appareil bricolé sera souvent bien plus léger (7–8 kg max).
Conclusion - Pourquoi on y revient toujours ?
Marantz a su créer des appareils conçus pour l’écoute domestique, accessibles, fiables, musicaux. Leur réparation reste possible, leur sonorité reconnaissable, leur rapport qualité-prix — quand on chine bien — imbattable.
Tu peux commencer avec un 1060 pour le charme compact, un 2235B pour la polyvalence, un 2270 pour la réserve. Tous offrent un son vivant, sans crispation, pour sublimer la musique !